Que peuvent faire les zones humides pour le climat ? Agir maintenant pour un avenir durable
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement célébrée le 5 juin, il est plus que jamais nécessaire de rappeler une réalité incontestable : le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Il est déjà là.
Montée du niveau des mers, vagues de chaleur extrêmes, sécheresses prolongées, inondations dévastatrices et incendies de grande ampleur sont autant de signaux que nous envoie la planète. Alors que l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C semble de plus en plus difficile à atteindre, des solutions concrètes existent déjà. Parmi elles, les zones humides figurent parmi les plus efficaces et les plus sous-estimées.

Les zones humides au cœur de la crise climatique
Le changement climatique est aussi une crise de l’eau.
L’augmentation des températures perturbe le cycle hydrologique mondial, provoquant des épisodes de sécheresse et d’inondation de plus en plus fréquents et intenses.
Les zones humides – rivières, lacs, plaines inondables, mangroves, tourbières et herbiers marins – jouent un rôle fondamental dans la régulation de l’eau. Elles assurent l’approvisionnement en eau douce, filtrent les polluants, réduisent les risques d’inondation et rechargent les nappes phréatiques.
Sans les zones humides, l’eau douce telle que nous la connaissons n’existerait pas.
Pourtant, partout dans le monde, les activités humaines ont fortement dégradé ces écosystèmes. Les cours d’eau ont été endigués, les tourbières drainées, les lacs pollués et les mangroves détruites.
Les conséquences sont déjà visibles : aggravation des sécheresses, augmentation des inondations et libération de grandes quantités de carbone stocké dans les écosystèmes naturels.
Les zones humides : des alliées incontournables pour atténuer le changement climatique
Les zones humides figurent parmi les plus importants réservoirs naturels de carbone de la planète.
Les tourbières : des géants du stockage du carbone
Bien qu’elles ne couvrent qu’environ 3 à 4 % de la surface terrestre mondiale, les tourbières stockent près d’un tiers du carbone contenu dans les sols de la planète. Cela représente près de deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts du monde.
Préserver et restaurer les tourbières est donc une mesure essentielle pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Le carbone bleu : la force des écosystèmes côtiers
Les mangroves, les marais salants et les herbiers marins constituent ce que l’on appelle les écosystèmes de « carbone bleu ».
Les mangroves peuvent stocker jusqu’à cinq fois plus de carbone par hectare que les forêts tropicales et absorber le carbone atmosphérique beaucoup plus rapidement. Quant aux herbiers marins, ils figurent parmi les écosystèmes les plus performants pour la capture du carbone organique.
Fleuves, lacs et plaines inondables
Les systèmes d’eau douce jouent également un rôle majeur dans le stockage du carbone. Certaines études montrent même que les plans d’eau amazoniens capturent davantage de carbone par unité de surface que la forêt tropicale environnante.

Les zones humides pour s’adapter aux changements climatiques
Au-delà de leur capacité à stocker du carbone, les zones humides renforcent notre capacité d’adaptation face aux impacts du changement climatique.
Une protection naturelle contre les inondations
Les plaines inondables, les tourbières et de nombreuses autres zones humides fonctionnent comme des éponges naturelles. Elles absorbent les excès d’eau lors des fortes pluies et les libèrent progressivement pendant les périodes de sécheresse.
Cette capacité permet de réduire les dégâts causés par les inondations tout en soutenant les ressources en eau pendant les périodes critiques.
Une défense contre les tempêtes et la montée des eaux
Les mangroves constituent une véritable barrière naturelle contre les tempêtes côtières. Elles absorbent l’énergie des vagues, limitent l’érosion et protègent les communautés riveraines contre les effets de l’élévation du niveau de la mer.
Les zones humides, fondement de la résilience des sociétés
Depuis des millénaires, les grandes civilisations humaines se sont développées autour des zones humides.
Les vallées fertiles du Nil, de l’Indus, du Tigre, de l’Euphrate ou encore du fleuve Jaune ont permis l’émergence des premières sociétés organisées. Aujourd’hui encore, de nombreuses métropoles mondiales se situent le long de grands cours d’eau.
Les zones humides fournissent de l’eau potable, des terres fertiles, des ressources halieutiques et une biodiversité exceptionnelle. Leur contribution économique mondiale est estimée à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars chaque année.
La santé de ces écosystèmes est directement liée à celle de nos sociétés.
Qui doit agir ?
Les gouvernements
Les États doivent intégrer davantage les zones humides dans leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) et dans leurs Plans Nationaux d’Adaptation au changement climatique.
Les politiques publiques doivent favoriser les solutions fondées sur la nature et orienter les financements vers la restauration et la protection des écosystèmes.
Les entreprises
Les secteurs économiques tels que l’agriculture, l’exploitation minière, les infrastructures ou encore certaines activités industrielles ont un impact majeur sur les zones humides.
Le secteur privé a la responsabilité mais aussi l’opportunité de développer des modèles économiques compatibles avec la préservation de ces écosystèmes.
Les investisseurs et institutions financières
La restauration à grande échelle des zones humides nécessite des investissements importants. Les fonds de pension, les compagnies d’assurance et les institutions financières ont un rôle déterminant à jouer dans le financement de solutions durables à long terme.
Agir maintenant pour le climat
Les zones humides ne sont pas seulement des victimes du changement climatique. Elles font partie des solutions les plus efficaces dont nous disposons aujourd’hui.
Protéger les tourbières, restaurer les mangroves, préserver les fleuves et les lacs, renforcer la gestion durable de l’eau : autant d’actions qui contribuent simultanément à atténuer le changement climatique, à renforcer l’adaptation des populations et à bâtir des sociétés plus résilientes.
À l’heure où les défis climatiques s’intensifient, la question n’est plus de savoir si nous devons agir pour les zones humides, mais si nous sommes prêts à agir dès maintenant pour le climat.